Les parapluies les plus originaux créés par des artistes contemporains
Le parapluie est normalement un objet fonctionnel : quelques baleines, une toile, un manche et un mécanisme destiné à nous protéger de la pluie.
Entre les mains d’un artiste contemporain, il peut pourtant devenir tout autre chose.
Sculpture, installation monumentale, support d’une peinture, objet de performance ou accessoire transformé : plusieurs artistes ont utilisé le parapluie comme véritable matériau de création.
Et contrairement aux nombreux « parapluies artistiques » simplement décorés d’un motif imprimé, certaines de ces œuvres ont été conçues directement par les artistes eux-mêmes.
Voici plusieurs exemples documentés qui montrent jusqu’où cet objet quotidien peut être détourné.

Quand un parapluie devient-il une œuvre d’art contemporain ?
Il faut d’abord distinguer plusieurs situations.
Un parapluie reproduisant une peinture célèbre n’est pas nécessairement une œuvre de l’artiste dont l’image apparaît sur la toile.
Un modèle imprimé avec La Nuit étoilée n’a évidemment pas été conçu personnellement par Vincent van Gogh.
Dans l’art contemporain, la relation peut être beaucoup plus directe.
L’artiste peut :
transformer physiquement un parapluie existant ;
concevoir un modèle spécifiquement pour une installation ;
utiliser plusieurs parapluies comme matériau d’une œuvre ;
faire fabriquer un parapluie selon ses propres dimensions ;
ou participer directement à la création d’un objet fonctionnel dérivé de son travail.
Pour une approche plus générale de la frontière entre accessoire et création artistique, notre article consacré au parapluie comme œuvre d’art développe cette question.
Ici, nous allons nous concentrer sur des œuvres précises et attribuées.

Aleksandra Mir et « The Big Umbrella » : un parapluie pour seize personnes
Parmi les exemples les plus directs figure The Big Umbrella d’Aleksandra Mir.
Cette artiste née en Pologne en 1967 a développé au début des années 2000 une œuvre autour d’un parapluie spécialement fabriqué dans des dimensions hors normes.
Le MoMA PS1 indique que The Big Umbrella mesure environ 240 × 160 cm et peut abriter jusqu’à seize personnes simultanément.
Il ne s’agit donc pas simplement d’un parapluie agrandi pour produire un effet spectaculaire.
L’objet sert directement à créer une interaction.
Aleksandra Mir se déplaçait dans les rues et invitait des personnes à venir se placer sous ce grand parapluie.
L’abri individuel devient alors collectif.
La pluie, habituellement considérée comme une contrainte, crée une raison de réunir des inconnus dans un même espace.
Le parapluie fonctionne à la fois comme :
sculpture ;
accessoire de performance ;
abri réel ;
et dispositif social.
Le MoMA PS1 a présenté le projet à New York entre octobre 2004 et janvier 2005, après des développements antérieurs notamment à Paris et Londres.
C’est probablement l’un des meilleurs exemples d’un parapluie contemporain conçu spécifiquement comme œuvre tout en conservant sa fonction première : protéger de la pluie.
Katharina Fritsch transforme le parapluie en sculpture presque parfaite
L’artiste allemande Katharina Fritsch, née en 1956, a également travaillé directement avec la forme du parapluie.
Son œuvre de 2004 intitulée White Umbrella, Light Green Umbrella, Purple Umbrella, Black Umbrella appartient aujourd’hui à la collection du Museum of Modern Art de New York.
Elle se compose de quatre parapluies réalisés en :
carbone ;
aluminium ;
plastique ;
et laque.
Chaque élément mesure environ 120 cm de haut pour 100 cm de diamètre.
Ce qui rend ces parapluies intéressants n’est pas une décoration complexe.
Au contraire.
Leur forme est extrêmement reconnaissable et presque banale.
Fritsch travaille souvent à partir d’objets familiers qu’elle simplifie, agrandit ou transforme pour leur donner une présence étrange.
Dans cette œuvre, le parapluie cesse progressivement d’être perçu comme quelque chose que l’on prend avant de sortir.
Il devient une forme géométrique autonome.
Les couleurs renforcent cette impression : blanc, vert clair, violet et noir.
L’objet quotidien est toujours identifiable, mais il semble avoir quitté le monde pratique pour entrer dans celui de la sculpture.
Abraham Cruzvillegas et « Polaris » : un parapluie couvert de plumes
Autre transformation radicale : Polaris, réalisée en 2002 par l’artiste mexicain Abraham Cruzvillegas.
Le MoMA décrit l’œuvre comme un assemblage constitué d’un parapluie accompagné de plumes de paon et de faisan.
La structure du parapluie reste visible.
Mais sa fonction est complètement bouleversée.
Les plumes transforment la toile en une surface presque animale.
L’objet industriel se retrouve associé à des matières naturelles particulièrement décoratives.
Cette opposition fonctionne immédiatement :
le parapluie appartient à la ville et à la vie quotidienne ;
les plumes évoquent l’animal, la couleur et l’ornement.
Le résultat n’est évidemment plus destiné à être utilisé sous une averse.
Cruzvillegas transforme ici un objet manufacturé en sculpture.
L’intérêt ne réside donc plus dans sa résistance à la pluie mais dans la rencontre inattendue entre des matériaux qui, normalement, n’ont aucune raison d’être réunis.
Tracey Emin : quand une peinture contemporaine devient réellement un parapluie
Toutes les créations artistiques autour du parapluie ne sont pas des sculptures destinées à un musée.
Un cas beaucoup plus récent montre comment l’art contemporain peut également revenir vers l’objet fonctionnel.
À l’occasion de l’exposition Tracey Emin: A Second Life à la Tate Modern, la Tate a développé avec l’artiste une collection comprenant notamment un véritable parapluie utilisant son œuvre I Needed You to Love Me, peinte en 2023.
L’image de la peinture est imprimée sur la face extérieure de la toile.
Cette fois, le parapluie reste parfaitement destiné à être utilisé sous la pluie.
La Tate précise également que sa toile est fabriquée à partir de PET recyclé et que la poignée utilise un matériau issu de résidus de blé.
Cet exemple est intéressant parce qu’il se situe à la frontière de plusieurs univers.
Ce n’est pas une œuvre unique comparable à une sculpture de musée.
Ce n’est pas non plus un simple produit utilisant sans implication particulière l’image d’un artiste disparu depuis longtemps.
Il s’agit d’un objet développé dans le cadre d’une exposition et d’une collection officielle associée à une artiste contemporaine vivante.
Le parapluie devient alors un support permettant de faire circuler une œuvre dans la vie quotidienne.
Christo et Jeanne-Claude : plus de simples parapluies, un paysage entier
Impossible d’aborder le parapluie dans l’art contemporain sans évoquer The Umbrellas, projet monumental de Christo et Jeanne-Claude.
Développé entre 1984 et 1991, le projet fut réalisé simultanément aux États-Unis et au Japon. La fondation Christo et Jeanne-Claude le répertorie parmi leurs grandes installations publiques temporaires.
Ici, le parapluie change totalement d’échelle.
Il n’est plus simplement un objet individuel.
Il devient une unité répétée dans un paysage entier.
Christo et Jeanne-Claude utilisaient souvent ce principe : un élément très simple est reproduit à grande échelle jusqu’à modifier la perception d’un lieu.
Dans The Umbrellas, les structures créent des points de couleur qui dialoguent avec les territoires où elles sont installées.
Le parapluie n’est donc plus seulement regardé comme un objet.
Il devient une forme architecturale temporaire.
L’intérêt artistique vient notamment de cette transformation d’échelle : ce que l’on tient normalement d’une main devient suffisamment grand et suffisamment nombreux pour transformer la perception du paysage.
Tous les parapluies artistiques ne sont pas des produits utilisables
Ces exemples montrent une distinction importante.
Sous l’expression « parapluie créé par un artiste », plusieurs réalités très différentes peuvent se cacher.
Chez Tracey Emin, nous avons encore affaire à un parapluie fonctionnel.
Chez Aleksandra Mir, l’objet fonctionne réellement mais possède des dimensions volontairement hors normes.
Chez Katharina Fritsch ou Abraham Cruzvillegas, le parapluie devient avant tout sculpture.
Chez Christo et Jeanne-Claude, il devient l’unité de base d’une installation monumentale.
Il serait donc trompeur de présenter toutes ces créations comme des « modèles de parapluies à acheter ».
Certaines appartiennent à des collections de musées.
D’autres étaient temporaires.
D’autres encore ont été produites dans le contexte précis d’une exposition.
Quelle différence entre un artiste et un designer de parapluie ?
La frontière peut parfois sembler floue.
Un designer travaille généralement sur l’objet en prenant en compte sa fonction :
ergonomie ;
fabrication ;
matériaux ;
ouverture ;
résistance ;
usage quotidien.
Un artiste peut au contraire décider que la fonction n’a plus aucune importance.
Il peut rendre le parapluie trop grand pour une seule personne, le couvrir de plumes ou en faire une sculpture immobile.
Les deux domaines peuvent évidemment se rencontrer.
Certains designers produisent des objets extrêmement conceptuels tandis que certains artistes créent des accessoires parfaitement utilisables.
Mais cette distinction est justement importante pour notre architecture éditoriale.
Cette page traite des artistes et de leurs œuvres précises.
Notre dossier sur la manière dont les parapluies inspirent les designers contemporains reste consacré au design de produit et à l’évolution de la forme du parapluie.
Pourquoi le parapluie intéresse-t-il autant les artistes ?
Sa force principale vient probablement de sa familiarité.
Tout le monde reconnaît immédiatement un parapluie.
L’artiste n’a pas besoin d’expliquer ce que l’objet est censé faire.
Cette évidence permet ensuite de jouer avec nos attentes.
Agrandir un parapluie provoque immédiatement une réaction parce que nous connaissons sa taille habituelle.
Le recouvrir de plumes paraît étrange parce que nous savons à quoi ressemble normalement une toile imperméable.
Le répéter des milliers de fois dans un paysage transforme un objet banal en motif monumental.
Le parapluie possède également une silhouette extrêmement lisible.
Ouvert, sa forme circulaire ou polygonale se distingue facilement.
Fermé, il devient presque une ligne verticale.
Cette géométrie simple offre de nombreuses possibilités à un artiste.
L’objet quotidien est un matériau classique de l’art contemporain

Le parapluie n’est évidemment pas le seul objet courant à avoir intégré les musées.
Une grande partie de l’art moderne et contemporain a précisément consisté à remettre en question la frontière entre objet utilitaire et œuvre d’art.
Chaises, vêtements, appareils ménagers, véhicules, emballages et outils ont été réutilisés ou transformés par de nombreux artistes.
Le parapluie fonctionne particulièrement bien dans cette logique parce qu’il possède trois caractéristiques :
il est immédiatement reconnaissable ;
il est associé à une fonction très précise ;
et sa forme peut être radicalement transformée tout en restant identifiable.
Même lorsque l’artiste retire totalement sa fonction protectrice, le spectateur continue de voir « un parapluie ».
C’est cette tension entre objet connu et objet transformé qui rend certaines de ces œuvres particulièrement efficaces.
Peut-on réellement utiliser un parapluie créé par un artiste ?
Cela dépend entièrement de la création.
Un objet comme le parapluie Tracey Emin vendu par la Tate reste conçu comme un accessoire de pluie.
À l’inverse, Polaris d’Abraham Cruzvillegas appartient à une collection muséale et n’a évidemment pas vocation à protéger quelqu’un sous une averse.
Même chose pour les sculptures de Katharina Fritsch.
Il faut donc vérifier si l’objet est :
une œuvre unique ;
une édition ;
un objet dérivé officiel ;
une collaboration ;
ou un produit fonctionnel.
Cette différence influence énormément son usage et sa valeur.
Un parapluie imprimé avec une œuvre célèbre est-il un parapluie d’artiste ?
Pas nécessairement.
C’est une confusion fréquente.
Un fabricant peut obtenir une licence lui permettant de reproduire une œuvre sur un parapluie.
L’objet devient alors un produit inspiré d’un artiste ou reproduisant son œuvre.
Cela ne signifie pas que l’artiste a personnellement conçu le parapluie.
Cette distinction est particulièrement importante lorsque l’artiste est décédé depuis longtemps.
Un parapluie reproduisant Monet ou Van Gogh peut être très réussi graphiquement.
Mais il est plus juste de parler de parapluie inspiré d’une œuvre d’art que de « parapluie créé par Van Gogh ».
Dans notre boutique, la catégorie des parapluies originaux permet justement de retrouver des modèles qui jouent sur l’esthétique, les motifs ou les formes inhabituelles sans les présenter artificiellement comme des œuvres conçues par des artistes contemporains.
Les musées participent aussi à cette rencontre entre art et objet quotidien
Le cas de Tracey Emin montre également le rôle croissant des institutions culturelles.
Les boutiques de musées ne se limitent plus aux cartes postales et catalogues.
Elles peuvent développer avec des artistes des objets destinés à prolonger une exposition dans le quotidien.
Le parapluie est particulièrement adapté à cette logique.
Sa toile offre une grande surface d’impression et transforme l’objet en image mobile dans l’espace public.
Mais il faut encore une fois distinguer l’œuvre originale du produit dérivé.
Une sculpture conservée au MoMA et un parapluie vendu dans une boutique de musée peuvent être tous les deux liés à un artiste, tout en possédant un statut artistique totalement différent.
Quels sont les parapluies contemporains les plus originaux ?
Parmi les exemples documentés étudiés ici, chacun est original pour une raison différente.
The Big Umbrella d’Aleksandra Mir modifie l’échelle et transforme l’abri individuel en espace collectif.
Les parapluies de Katharina Fritsch réduisent l’objet à une forme presque idéale et sculpturale.
Polaris d’Abraham Cruzvillegas confronte structure industrielle et plumes animales.
Tracey Emin permet à une peinture contemporaine de devenir un véritable accessoire fonctionnel.
Christo et Jeanne-Claude utilisent quant à eux la répétition et l’échelle monumentale pour transformer le parapluie en élément de paysage.
Il n’existe donc pas une seule manière de créer un « parapluie artistique ».
C’est précisément la banalité de l’objet qui donne aux artistes autant de possibilités.
Un objet banal qui supporte presque toutes les transformations
Le parapluie possède finalement une qualité idéale pour l’art contemporain : il peut être transformé énormément sans perdre son identité.
On peut l’agrandir.
Le répéter.
Modifier sa matière.
Supprimer sa fonction.
Changer son échelle.
L’intégrer à un paysage.
Ou conserver exactement sa fonction d’origine tout en utilisant sa toile comme support artistique.
Dans tous les cas, le spectateur reconnaît encore le parapluie.
C’est cette capacité à rester identifiable après une transformation radicale qui explique probablement pourquoi l’objet continue d’apparaître dans les œuvres d’artistes contemporains.
Et les créations les plus intéressantes ne sont pas forcément celles qui ajoutent le plus de décoration.
Parfois, il suffit de changer une dimension, un matériau ou un contexte pour qu’un objet de pluie extrêmement ordinaire devienne une œuvre.
Questions fréquentes
Quels artistes contemporains ont utilisé des parapluies dans leurs œuvres ?
Aleksandra Mir, Katharina Fritsch, Abraham Cruzvillegas ainsi que Christo et Jeanne-Claude comptent parmi les artistes ayant utilisé directement le parapluie dans des œuvres documentées par des institutions artistiques majeures.
Existe-t-il des parapluies réellement conçus avec des artistes contemporains ?
Oui. La Tate propose par exemple actuellement un parapluie associé à l’œuvre I Needed You to Love Me de Tracey Emin dans une collection développée avec l’artiste pour son exposition A Second Life.
Quelle est la différence entre un parapluie artistique et une œuvre d’art ?
Un parapluie artistique peut simplement présenter un motif décoratif. Une œuvre d’art implique une création ou une intervention artistique dans laquelle le parapluie lui-même participe à la démarche de l’artiste.
Un parapluie reproduisant Van Gogh a-t-il été créé par Van Gogh ?
Non. Il s’agit d’un parapluie reproduisant ou s’inspirant d’une œuvre de Van Gogh. L’artiste n’a évidemment pas conçu le produit contemporain.
Pourquoi les artistes utilisent-ils le parapluie ?
Parce qu’il s’agit d’un objet immédiatement reconnaissable, doté d’une forme forte et d’une fonction connue de tous. Modifier sa taille, sa matière ou son contexte permet donc de créer rapidement un contraste visuel et conceptuel.


